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Championnat de France 1995 : « Meilleur Débutant »
L’hiver vécu par le pilote d’Aix-les-Bains est difficile, et malgré le soutien renouvelé de la majorité de ses partenaires, le budget regroupé ne permet pas à Soheil d’incorporer le GRAFF Racing. Aussi, sachant que son écurie fétiche lui réserve une place "au chaud", le pilote Aixois préfère réduire ses ambitions et accumuler de l’expérience en attendant. Il dispute ainsi les cinq premières courses avec le team Top Fun. Malgré une très prometteuse 8e place lors de la première course (Lédenon) et une 5e position sur la grille à Magny-Cours, les résultats de Soheil sont en demi-teinte. En mai 1995, peu avant la 6e manche du championnat (Dijon) Carglass sauve Soheil en lui permettant de revenir au GRAFF Racing. Le sponsor principal du jeune français ne regrettera pas son choix... Il reste alors à Soheil 7 courses pour réaliser des coups d’éclats. Les résultats ne tardent pas puisque l’Aixois, qui découvre en son ingénieur Michel LECOMTE un être humain passionné et très compétent, termine 6e de sa première course après s’être élancé 14e !
A Pau, pour l’épreuve suivante, il signe son premier podium (3e). Le plateau de F 3 assiste à l’éclosion de son futur champion... Les performances tombent : première pole position à Croix-en-Ternois au terme d’un tour qualificatif que Soheil qualifie encore de parfait ; 4e au Castellet. A l’instar de sa première année de Formule Ford, il aborde l’ultime course de la saison au Mans comme celle de la dernière chance. Il sait qu’une victoire ici transformerait sa saison d’apprentissage en parcours à succès. Si le week-end commence à merveille pour Soheil, signant le nouveau record du tour et la pole position ½’’ devant son équipier, le dimanche de course s’annonce moins bien. Une pluie torrentielle s’abat sur le circuit Bugatti, obligeant les pilotes à prendre trois départs. A chacun d’eux, le pilote du GRAFF Racing montre sa volonté de gagner en s’élançant en tête... Au feu vert définitif, Soheil s’échappe à une cadence d’ 1’’ par tour, laissant le second à plus de 12’’. En signant un fantastique " Hat Trick " (Victoire, pole position, meilleur tour en course), il se classe 6e du championnat et Meilleur Débutant de la saison. Comme en Formule Ford, il devient le logique favori pour la saison suivante.
Championnat de France 1996 : « L’année des records »
Profitant de sa belle prestation 95 et de deux nouveaux partenaires, Midas et Shell, Soheil peut pour la première fois de sa carrière consacrer l’intersaison à développer les réglages de sa monoplace. Son timing avec le GRAFF Racing est parfait, et sa complicité avec Michel LECOMTE est à son sommet. Le pilote savoyard et l’écurie manselle arrivent à Nogaro, premier rendez-vous de ce championnat de 14 courses, avec une incroyable faim de victoire. Le verdict des deux courses disputées est sans appel : Soheil signe deux retentissants " Hat Trick ". Le ton de la saison est donné, et dix autres victoires viendront récompenser le travail d’une équipe soudée qui ne cesse de perfectionner la préparation de sa Dallara Opel n°26.
Si de nombreuses épreuves sont symboliques du cavalier seul du binôme AYARI-GRAFF Racing, d’autres mettent en exergue le côté combatif du leader du championnat. Parti de la 5e position à Dijon, il réalise deux fantastiques dépassements par l’extérieur pour pointer en tête dès le début du 2e tour... et s’échapper vers la victoire. Sa mainmise sur le championnat est éloquente : Champion dès la 10e épreuve de la saison, il ponctue 1996 en s’emparant du record absolu des victoires en Championnat de France de F 3, détrônant J. Alesi (7 victoires en 84) et H. Pescarolo (10 en 67). Le monde de la F 3000 et de la F 1 le remarque immédiatement. "Une année comme celle ci, il faut la savourer ! Car en sport automobile cela ne se reproduit pas si souvent. Nous avions un avantage en matière de mise au point en début de saison, et nous avons su en garder une partie par la suite. Lorsque cela était loin d’être joué, je me sentais tellement bien au volant que j’ai tenté des choses incroyables ! " Soheil conclue son année avec brio sur le très spectaculaire tracé urbain de Macao, à l’occasion de la Coupe du Monde de F 3, en décrochant une prometteuse 4e place au cumul des deux manches (Meilleur Débutant). Parti 5e de la seconde manche, il terminera celle-ci 2e derrière J. TRULLI, en prenant l’avantage sur J.-P. MONTOYA et N. HEIDFELD.
A peine rentré de Macao que Soheil se tourne vers la F 3000, disputée dans toute l’Europe et de par la puissance des monoplaces véritable antichambre de la F 1. Après s’être essayé avec Super Nova, Dam’s et Astromega, c’est finalement avec cette dernière, écurie Belge classée 3e du championnat 96, que Soheil décide de s’engager.
Coupe du Monde 1997 (Macao) : « Soheil entre dans la légende »
En marge de son premier championnat de F 3000, Soheil et son ancien team le GRAFF Racing décide de revenir à Macao, théâtre urbain de la Coupe du Monde de F 3. Déjà présent en novembre 96, Soheil s’était montré le meilleur débutant, terminant 2e d’une des deux manches et 4e au général. Profitant d’un laps de trois semaines entre la fin du championnat F 3000 et le prestigieux Grand Prix, Soheil, Michel LECOMTE et toute l’équipe du GRAFF Racing mettent les bouchées doubles avec comme objectif la victoire à Macao. Plusieurs séances d’essais sont programmées sur des circuits tels que Le Vigeant (Poitiers), dont le tracé comporte des similitudes avec le circuit asiatique... les bosses en moins. En effet, Macao est un circuit complètement fou : si sa longueur est un record pour un circuit en ville (6,2 km.), certaines parties, pas toujours les moins rapides, ne sont larges que de 6 m. Son tracé est vallonné, très rythmé, bourré de bouches d’égout, de murs en béton et bien sûr de rails. Cela n’empêchent pas les pilotes de l’adorer unanimement !
La délégation française arrive sur place presque une semaine avant, car les essais libres commencent dès le jeudi et tant le décalage horaire que la moiteur du lieu éprouvent les organismes. Soheil profite des deux séances libres pour peaufiner des réglages définis deux semaines plus tôt. Il se place déjà aux avant-postes de la hiérarchie, et confirme durant les deux séances qualificatives. Dans la première, le pilote du GRAFF Racing signe le second temps, à seulement 8 centièmes du hollandais CORONEL. Un chrono de bon augure puisque victime d’une petite touchette avec le rail à dix minutes de la fin de la séance, Soheil ne profite pas de l’adhérence qui augmente au fil des minutes. Le lendemain, vendredi 14 novembre, l’Aixois va créer le premier exploit du week-end. Alors qu’il est 3e à 5 centièmes du poleman provisoire l’Italien ANGELELLI, il effectue un tour d’anthologie à trois minutes du drapeau à damiers, laissant ses adversaires à plus d’1’’. Sa méthode : " fleurter le plus possible avec les rails et les murs ! " De l’avis de tous, il y une seconde pleine pour qui saura réaliser cet exercice de funambule mieux que les autres. Au final, l’Italien reviendra dans son dernier effort à 6 dixièmes de Soheil, mais le pilote français a frappé un grand coup en créant un écart rarement vu à Macao.
Si les essais ont amené de multiples rebondissements, la course, composée de deux manches de 15 tours, sera digne des meilleurs " Hitchcock ". Soheil manque totalement son envol dans la première manche. Seulement 6e dans la première ligne droite que la meute déchaînée dévale en zigzaguant à plus de 240 km/h, il prend immédiatement l’aspiration du Portugais COUTO. Dans la grande courbe suivante, Soheil déboîte son adversaire par l’extérieur et entame une remontée-spectacle. La prochaine victime du pilote Savoyard n’est autre que l’Anglais Ralf FIRMAN, vainqueur de l’édition 96, qui part à la faute sous le nez de la monoplace du GRAFF Racing. Alors que le dixième tour approche, Soheil est revenu à une poignée de dixièmes des deux leaders ANGELELLI et CORONEL grâce à une série de meilleurs tours. Il fait la jonction un tour plus tard. CORONEL, leader mais sous la pression d’ANGELELLI, commet une faute et touche le rail à la sortie d’un grand droit. L’Italien, dans ses échappements, saute sur les freins pour éviter la monoplace du Hollandais en perdition. Soheil, littéralement blotti sous l’aileron d’ANGELELLI pour profiter au mieux de son aspiration, ne peut éviter le brutal ralentissement de la monoplace et décolle instantanément pendant deux interminables secondes... pour retomber sur ses quatre roues. Le pilote du GRAFF Racing glisse sur plusieurs dizaines de mètres et réussit, au prix d’une bataille virile avec sa voiture, à la contrôler et à ne pas toucher trop violemment les rails. Sa monoplace, qui a relativement peu souffert (train avant droit et aileron avant) par rapport à l’ampleur de sa spectaculaire envolée, reprend très rapidement la piste. Mais un signe du destin va sauver notre pilote... ANGELELLI, dont la voiture a également des séquelles (aileron arrière sectionné sous l’effet du choc) profite de l’entonnoir que représente le virage de " Lisboa Curve ", situé en bout de la ligne droite, pour bloquer tout le peloton. Face à l’embouteillage provoqué, les commissaires agitent immédiatement les drapeaux rouges. Cet arrêt momentané destiné à faire un nouveau départ selon le dernier passage sur la ligne sauve Soheil et un ANGELELLI pour le moins opportuniste. En à peine 10 minutes, toute l’équipe du GRAFF Racing répare la monoplace de Soheil. Un exploit !
Tandis que trois tours restent à courir dans cette première manche, un second départ est donné. Soheil, peut-être trop habitué à l’embrayage des F 3000, réalise un départ hésitant, et voit son coéquipier Patrice GAY le déborder. Il reprend son bien grâce à un freinage plus qu’appuyé à " Lisboa Curve ", et se lance à la poursuite d’ANGLELELLI, légèrement échappé. Nouveau rebondissement dans cette manche incroyable : alors qu’il a rejoint l’Italien à la moitié du dernier tour et s’apprête à prendre son aspiration en vu de la ligne d’arrivée, le moteur de sa monoplace émet soudain des ratés. A un kilomètre seulement de l’arrivée, le pilote du GRAFF Racing voit impuissant son adversaire s’éloigner et s’emparer de précieuses secondes. Tandis qu’il passe sur sa lancée le dernier virage du circuit, Soheil se fait même dépasser par GAY, son coéquipier. Il passera la ligne 3e, mais terminera cette épique première manche second au cumul des deux départs, à 6’’ d’ANGELELLI. Malgré un vol à plus de 240 km/h et des problèmes moteur apparemment dus au choc encaissé par la voiture lorsqu’elle a " atterri ", Soheil sauve bien les meubles, et son objectif de la seconde est unique : dépasser ANGELELLI et creuser un écart supérieur à 6’’ pour décrocher la victoire. Un signe ne trompe pas, Soheil a réalisé le meilleur tour de la première manche, et à condition d’un meilleur départ, a les moyens de réussir son pari. Au départ de la seconde manche, il se fait une nouvelle fois déborder par Patrice GAY... et reprend une nouvelle fois son bien quelques centaines de mètres plus loin !
Il revient en un tour sur l’Italien, espérant cette fois ne connaître aucun coup du sort et pouvoir adopter la tactique programmée. Mais les tours s’enchaînent, et bien que Soheil suit sans difficulté le rythme d’ANGELELLI, il ne peut le déborder dans les deux seules parties propice aux dépassements, la longue ligne droite de 2 km. et le freinage de " Lisboa Curve ". S’il est très à son aise dans tous les autres secteurs du circuit, son moteur ajouté à l’aspiration de son adversaire lui permettent tout juste de suivre le leader en ligne droite. Un manche qui semble tout à coup bien calme comparée à la première. En tout cas jusqu’au 7e tour, car Soheil va profiter d’un incident de course pour le moins inédit pour prendre définitivement l’avantage.
Un chien errant vient de pénétrer sur la piste, et au pays où il est coutume de manger de telles bêtes, les commissaires décident de faire entrer la voiture de sécurité pour ralentir le peloton et sauver l’animal. Une occasion rêvée pour Soheil qui peut, s’il se relance efficacement, dépasser ANGELELLI. Un tour plus tard, au début de la ligne droite, les drapeaux verts sont de nouveaux agités. Soheil décide de jouer son joker et, une nouvelle fois sur les talons de son adversaire, prend tous les risques pour passer à fond la première courbe à droite bien que ses pneus aient refroidi. ANGELELLI quant à lui lève un peu le pied, et passe le virage 20 km/h moins vite que Soheil. La sanction est immédiate, et l’Aixois dépasse son adversaire sans même utiliser l’aspiration. Il réussi à garder l’avantage grâce à un freinage appuyé en bout de ligne droite. Il reste alors 7 tours et la victoire de Soheil va se dessiner beaucoup plus vite que prévue. Le nouveau leader va s’imposer un véritable rythme de qualifications, pilotant sur un nuage et réussissant à refaire son écart de 6’’ en à peine deux tours. ANGELELLI, en perdition et déconcentré, ira même à la faute en partant en tête à queue dans " Melko Hairpin ". Pour la première fois du week-end, Soheil n’a plus qu’à gérer une victoire mille fois méritée. Il franchit la ligne avec une avance cumulée de 11’’ sur Patrice GAY, auteur d’une course intelligente et qui permet au GRAFF Racing de signer un doublé historique.
« Macao reste le meilleur souvenir de ma carrière. Nous avons connu des incidents de course qui auraient dû nous mettre sur le carreau, mais notre victoire semblait décidément écrite... et je pense vraiment méritée. Cette course restera toujours un souvenir privilégié que nous partagerons longtemps avec les personnes qui m’ont permis de la remporter. »
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